Kevin Anderson

editor@lapressecommunautaire.ca

On dit que la chose la plus dangereuse que l’on puisse donner à un homme est l’espoir.

Je dirais cependant que cette «conviction» l’emportera sur «l’espoir» n’importe quel jour de la semaine.

Après tout, les gens ont fait la guerre au nom de leurs «croyances». 

Il y a de ça environ deux ans, j’ai eu un rêve… en fait, c’est un concept qui m’a traversé l’esprit. Ce fût un concept pour un nouveau journal communautaire.

Je travaillais à l’époque au Northern Times et je n’étais pas particulièrement heureux avec ma vie quotidienne. Je me sentais un peu coincé dans une routine et mon travail en souffrait.

Les gens m’arrêtaient régulièrement à l’épicerie, dans la rue et un peu partout pour me dire à quel point ils n’aimaient pas le produit et, franchement, je ne pouvais pas leur en vouloir. Vers la fin, le journal n’était plus qu’une coquille de lui-même.

Chose drôle, cependant, plus ces propos me parvenaient, plus ce petit concept qui m’était venu à l’esprit commençait à faire son chemin au premier plan.

C’était vraiment très simple. Je croyais fermement qu’il y avait un moyen de rassembler les gens le long du corridor de l’autoroute 11, un journal qu’ils apprécieraient encore, aussi longtemps que je le pourrais:

  • Offrez-leur un produit entièrement bilingue
  • Offrez-leur un produit local, et ce en tout temps.

Aussi déshérité que j’étais et autant que je croyais n’avoir peu ou pas de contrôle sur ce qui se déroulait, lorsque le Northern Times fût fermé, je ne vous cacherai pas que ma confiance en ma vision et mes capacités étaient aussi secouées qu’un martini James Bond.

Je me sentais vaincu, comme si j’avais laissé tomber toute la région parce que le journal était mort sous ma surveillance. Cela me pesait tellement sur la conscience que plusieurs semaines sont passées sans que je puisse obtenir une bonne nuit de sommeil.

C’est alors que j’ai reçu un appel de Sébastien Lessard, maintenant conseiller municipal, me demandant si j’avais envisagé de créer un nouveau journal.

Sachant que je ne pourrais pas vivre avec moi-même si je n’essayais pas au moins d’apporter aux habitants de Kapuskasing et des environs un journal dont j’avais le sentiment qu’ils avaient besoin et qu’ils méritaient, nous avons décidé, avec la Chambre de commerce, de préparer un projet afin de tenter de rejoindre des partenaires potentiels.

À partir de ce moment, Lessard m’a mis en contact avec Claude Chabot, directeur général de CKGN. Instantanément, Claude et moi nous nous sommes bien entendu et en août, nous avons mis en place un plan d’action afin de ramener un journal à Kapuskasing. L’idée fût présentée au conseil d’administration de Radio Kap Nord Communications Inc., qui a décidé de financer le projet. Juste comme ça, nous avion enfin un nouveau défi.

Ensemble, Claude et moi-même avons pu mettre en place ce que je considère être l’une des meilleures équipes de journalistes possibles, donnant ainsi aux tout nouveau « La Presse communautaire/The Community » press les meilleures chances de réussir.

Ainsi, Chris St-Pierre, Nicoleta Blaja et Rémi St-Amand, alors trois personnalités sur les ondes de CKGN, ont offert leurs services d’écriture et de traduction, et ce pendant leur temps libre.

Nous avons également réuni un groupe de pigistes qui, à notre avis, contribueraient à la réussite du projet.

J’avais déjà les personnes idéales en tête pour compléter le personnel à plein temps : Sylvie Genier et Nicole Veilleux, deux des personnes les plus talentueuses et les plus dévouées avec lesquelles j’ai travaillé au Northern Times. Elles ont cru en ma vision et sont rapidement montées à bord.

Le ballon nous a été remis et nous avons entrepris notre course. Je suis peut-être biaisé dans mes propos, mais je pense que notre équipe a marqué des points avec la conception et le contenu du produit et je suis fier de le dire.

Sur une note plus personnelle, ce fut de loin l’expérience la plus enrichissante de mes presque 20 ans de carrière et j’ose dire, mon meilleur travail dans cette période.

Depuis que la première édition s’est posée devant les portes partout au sein de notre région, nos journées ont été remplies que de positif et de soutien des communautés que nous servons.

Les gens se sont fréquemment arrêtés devant chacun d’entre nous et ont commenté à quel point il était agréable de retrouver un journal en ville, à quel point c’était joli et combien ils ont apprécié le fait qu’il soit parfaitement bilingue et local.

Ils ont applaudi nos efforts d’une manière vraiment accablante.

Malgré cela, toute cette popularité auprès des lecteurs ne s’est pas traduite par un succès financier, ce qui a conduit la semaine dernière à l’annonce de la suspension indéfinie des opérations du journal.

Je ne vais pas vous mentir. Je suis dévasté… Je vous avoue que ce mot n’est, malgré tout, pas assez fort pour décrire mes sentiments.

Je crois toujours, de tout mon cœur, que le corridor de la route 11 veut, a besoin et mérite un journal.

Je considère un journal de cette région comme « un grand unificateur ». C’est un moyen non seulement de savoir ce qui se passe dans votre ville, mais aussi de partager les triomphes et les tribulations des municipalités voisines.

Cela étant dit, si c’est ma dernière incursion dans l’industrie des médias et, par extension, ma dernière chance de parler aux masses, je suis reconnaissant d’avoir eu cette opportunité.

Je peux partir en sachant que toute notre équipe s’est donnée cœur et âme dans ce journal et a produit ce que nous croyons être un excellent produit.

Avant de partir cependant, je me dois de remercier certaines personnes.

Tout d’abord, je tiens à remercier ma femme et ma fille. Merci de ne jamais vous avoir plaint de toutes ces nombreuses heures de travail qui me tenaient, malheureusement, loin de vous. Merci de supporter les montagnes russes émotionnelles. Merci de m’avoir laissé poursuivre mon rêve et d’avoir cru en moi.

Merci également à Sébastien Lessard, à la Chambre de commerce, à Claude Chabot et au conseil d’administration de Radio Kap Nord Communications inc. d’avoir fait passer ce projet de ma tête au public.

Je tiens à remercier Nicole, Sylvie, Chris, Nicoleta et Rémi et tous ceux qui ont contribué au journal.

Je tiens à remercier ces marchands qui ont manifesté leur soutien à ce que nous essayions de faire en faisant de la publicité dans notre publication.

Surtout, je tiens à remercier les lecteurs pour leurs aimables paroles et leur soutien. Votre enthousiasme pour le journal était contagieux et a alimenté le désir du personnel de faire de plus en plus d’efforts afin de vous offrir le meilleur produit possible.

Vous nous avez dit que vous aimiez le papier et que nous aimions vous l’apporter, même si ce n’était que pour une courte période.

Au revoir, pour le moment.